L’ère du chacal doré : Impact du développement en Israël sur la répartition de la faune sauvage

Shmulik Yedvab, Directeur du Centre des mammifères de la SPNI

Depuis le milieu du 20ème siècle, Israël a connu une croissance vigoureuse, phénomène encore accéléré par la croissance importante de sa population. Les constructions résidentielles, les infrastructures pour l’énergie et les transports, les installations agricoles, les constructions d’usines, de bureaux et de centres commerciaux, les installations à usage militaire utilisent tous les espaces ouverts restant dans le pays. Le processus de développement modifie le caractère même d’Israël et a un impact sur toutes les espèces vivantes du pays de manière souvent “invisible”, comme l’empoisonnement, la pollution par la lumière, l’introduction ou l’expansion d’espèces invasives et bien d’autres.

Jackal at Yarkon Park, Tel Aviv. Photo Dov Greenblat SPNI

Certains des animaux impactés par ce phénomène sont repoussés vers les espaces naturels périphériques souvent fragmentés, d’autres ont disparu ou sont en voie d’extinction, comme le blaireau de miel, le léopard, le vautour fauve, et même la gazelle israélienne. Certaines espèces se sont adaptées et ont appris à profiter de leur proximité nouvelle avec les humains, et de l’abondance de nourriture et d’abris qu’elle leur procure.
La plupart de ces espèces ont une alimentation variée et font bon usage de la masse de déchets que nous produisons. Exemples, le chacal, doré, le renard, ou la corneille mantelée, ou des espèces invasives comme le martin triste (myna bird), qui prospèrent à nos côtés.

Depuis quelques mois, on ne parle que du chacal doré à cause d’une épidémie de rage canine qui s’est déclarée. Cela a représenté une bonne opportunité pour en apprendre plus sur cette espèce et comprendre ses pérégrinations depuis un siècle.

Le chacal doré (Canis aureus) est un prédateur parmi les plus répandus des canidés. Il évite les zones arides et préfère les zones de type méditerranéen disposant de sources d’eau accessibles. En Israël, le chacal doré se trouve aussi dans les zones désertiques grâce à l’eau disponible près des lieux de résidence humaine.
Comme ce sont des animaux nocturnes, les chacals sont actifs du crépuscule à l’aube. Ce sont des animaux sociaux vivant couples ou en groupes familiaux lorsque les petits restent avec les parents pour aider à éduquer la génération suivante. Connu pour son hurlement, qui porte loin, le chacal doré s’appelle en Arabe “awi”, qui sonne beaucoup comme son cri.

Bien que ce soit un prédateur, le chacal a une alimentation variée incluant des proies comme des rongeurs, oiseaux ou reptiles, des carcasses, des légumes, fruits et des graines, et bien sûr toutes sortes d’ordures.

Au fur et à mesure où la société israélienne s’enrichit, les volumes d’ordures qu’elle produit augmentent. Cela conduit à un plus grand nombre de chacals dont la distribution géographique s’étend.

Dans les années 1970, il y avait 0.2 chacals par km2. Vers le milieu des années 1980, leur densité atteignait 2,5 chacals par km2. Elle est passée durant la dernière décennie à 8 chacals par km2 dans la partie nord d’Israël.

Cette densité a de multiples conséquences, dont une forte pression sur les populations des espèces qui sont ses proies, (des rongeurs aux gazelles), des dommages agricoles (résultant d’empoisonnements illégaux d’autres espèces), et la transmission de maladies.

Dans les années 1950 1960, l’état organisa m’empoisonnement de chacals pour réduire leurs nombres. Ces empoisonnements causèrent de graves dégâts à la faune sauvage, comme aux vautours (qui n’arrivent pas à ce jour à récupérer des dommages causés), aux hyènes et bien d‘autres espèces. Réalisant que cette méthode faisait plus de mal que de bien, on stoppa et interdit les empoisonnements. Aujourd’hui, on contrôle le nombre de chacals, lorsque l’environnement ou l’agriculture subissent des dommages, en les abattant au fusil.

Le virus de la rage a toujours été présent dans notre environnement. On l’a toujours contrôlé en distribuant le vaccin contre la rage par voie aérienne ou en le plaçant dans des appâts pour les chacals ou renards. Cela a toujours permis de contrôler la rage avec un faible taux d’infection. Mais des foyers plus importants se produisent de temps en temps.

En 2017, plus de 70 cas de rage se sont déclarés près des frontières nord et nord-ouest d’Israël et la maladie s’étend vers le centre du pays. La plupart des cas diagnostiqués ont été découverts dans des chacals dorés. Certains réclament donc à nouveau des campagnes d’empoisonnement de chacals.

Jackals at Yarkon Park, Tel Aviv. Photo Dov Greenblat

La SPNI s’oppose fortement à tout usage de l’empoisonnement pour réduire la densité des populations de chacals à cause des immenses dommages que cette méthode cause à l’environnement et de l’effet très controversé sur la réduction de la diffusion de la maladie.

Il est important de comprendre que les empoisonnements affectent la faune sauvage qui est déjà immunisée contre le virus et qui sert donc de barrière naturelle à l’expansion de la maladie. De plus, aussi longtemps que nous continuerons à produire autant d’ordures, source majeure de nourriture pour les chacals, l’éradication des chacals dans une zone échouera car ceux d’autres zones viendront occuper le terrain laissé libre. Ces deux facteurs feront que la campagne d’empoisonnement aboutira à l’effet opposé à celui recherché et entrainera un risque accru d’expansion de la maladie.

Pour enrayer l’expansion de la maladie d’autres approches existent : On peut commencer par rendre plus difficile l’accès aux ordures pour les chacals, dans les zones résidentielles comme dans les campings. Il faut renforcer le programme de vaccination et l’adapter aux conditions climatiques comme à l’état sanitaire des populations de chacals. Il faut empêcher les animaux domestiques d’errer librement dans les rues. Et enfin, il faut des personnels spécialisés pour réduire sélectivement les populations de chacals selon un programme scientifique systématique.

Le chacal doré est un animal curieux, familial, et nous devons faire des efforts pour lui permettre de vivre de manière naturelle. Sa nourriture devrait être basée sur des ressources naturelles plutôt que sur des ordures ou des produits cultivés, et ils devraient pouvoir vivre dans leur habitat naturel sans être perturbés. Leur population devrait pouvoir croitre de manière naturelle à un taux soutenable. Dans l’état actuel des choses, la population de chacal croit de manière démesurée et cela ne peut continuer : cela leur cause des dommages et des souffrances inutiles.

Avec le soutien et l’implication des autorités et du public, nous pouvons redresser la situation et éviter les dommages aux chacals, aux humains et aux autres espèces.