C’est Tou Bichvat et en Israël aussi les arbres cachent la forêt

Par Jay Shofet – 30 janvier 2018

Forest in Israel

En Israël comme dans beaucoup de pays, les zones boisées et les forêts font partie essentiellement du domaine national, mêmes celles que l’on appelle les « forêts du KKL ». La gestion de ces zones boisés pour le bien commun est clairement la responsabilité de l’état et la plupart des états modernes ont établi un service national des forêts (comme en France, le Service national des Eaux et Forêts). Ce n’est pas encore le cas en Israël.

 

Pour des raisons historiques, budgétaires et de facilité, l’état a sous-traité à une ONG, le KKL (Fonds National Juif – Keren Kayemet LeIsrael), qui gère des terres domaniales agricoles et urbaines, au nom du peuple juif. Tout son budget est affecté au développement, pas pour leur préservation. Cette ONG est régie par les règles de ce type d’organismes, qui ne demandent pas toute la transparence exigée des services d’état.  A l’occasion de ce nouvel-an des arbres, la SPNI demande que la politique domaniale de l’état en ce qui concerne ses forêts et zones boisées soit redéfinie lors d’un grand débat national fixant les priorités pour le bien public et qu’un service national des forêts soit mis en place pour appliquer cette politique.

Le KKL est propriétaire de 13% de la totalité des terres d’Israël et a planté des arbres pour boiser ou reboiser une partie de ces surfaces, devenant ainsi de facto un service national forestier. Mais c’est lui seul qui décide de l’affectation et des budgets et des terres. L’état n’intervient pas dans ces décisions. En 2017 le statut officiel du KKL est arrivé à son terme et l’état demande maintenant à ce qu’il ne bénéficie plus du statut d’ONG, donc exempté d’impôts, pour renouveler son statut. Plusieurs députés ont clairement exigés que le KKL soit traité comme une entreprise privée et le Premier Ministre a menacé de le nationaliser.

Forest in Israel.

En réévaluant avec le gouvernement la charte du KKL, la SPNI a mis en avant son manque d’implication dans les exigences écologiques de ces zones boisées et en particulier la protection de la biodiversité. La bonne gouvernance nationale, pour la SPNI, exige clairement que les décisions budgétaires et de stratégie de gestion de toutes les terres domaniales soient regroupées au niveau gouvernemental et qu’une part importante ne soit pas laissée entre les mains d’un organisme qui agit surtout comme un promoteur de développement économique, sans tenir compte des impératifs de protection de l’environnement.

Même les actions que le KKL présente comme favorables à l’environnement, comme les plantations d’arbres, se font souvent en ne tenant compte que d’impératifs économiques et se font au détriment de l’environnement, en particulier de la biodiversité.

Il a fallu à la SPNI des années de combat en faveur de la préservation des maquis en Israël pour aboutir en 2014 à une décision de la Cour Suprême qui donne pouvoir de veto au Service National des Parcs et Réserves Naturelles sur les espèces à planter par le KKL pour toute la zone du nord Néguev.

Planter des arbres a toujours fait partie de l’éthique juive et sioniste. On avance souvent fièrement le fait qu’Israël est le seul pays qui a terminé le 20è siècle avec plus d’arbres qu’il ne l’avait commencé. C’est un beau narratif pour Tou Bichvat. Mais le nombre ne fait pas toujours la qualité, et dans certains espaces ouverts, planter des arbres peut  nuire gravement à la biodiversité et à la protection des écosystèmes.

Que cette année 2018, Tou Bichvat soit le point de départ du Service National des Forêts d’Israël et que celui-ci prenne la main sur toute la politique de gestion des espaces boisés d’Israël.