La menace pèse sur les corridors écologiques en Israël

Les corridors écologiques sont formés par des séquences d’espaces ouverts naturels. Ils sont indispensables pour empêcher l’extinction d’animaux et de plantes. Bien que le terme soit utilisé fréquemment dans les milieux de la planification un peu partout en Israël, la mise en œuvre de ces plans et la protection effective des corridors naturels d’Israël reste un challenge.

Ecological corridor.Photo Dov GreenblatUn rapport très complet sur le sujet, préparé par le Dr. Ofri Gabai, écologiste, et Assaf Zanzuri, un expert en planification nationale, a été publié récemment par la SPNI. il décrit l’état actuel des corridors écologiques en Israël, se focalisant sur la planification, la protection statutaire et la gestion effective de ces corridors.

Un corridor écologique est une bande continue d’espaces ouverts qui relie entre eux des zones et habitats naturels. Ce lien est essentiel pour les échanges d’ADN entre populations sauvages d’animaux ou de plantes, afin  d’assurer la survie à long terme des espèces, préserver la  biodiversité et permettre un fonctionnement optimal des écosystèmes. Les animaux et les plantes peuvent être protégés dans des réserves naturelles, mais la nature ne peut être préservée uniquement dans celles-ci.

Les réserves qui sont des ilots isolés, sont séparées l’une de l’autre, les empêchant d’échanger plantes et animaux. Elles ne développent pas les nécessaires échanges génétiques ni ne permettent l’accès à des sources de renouvellement, si important à la suite d’une crise écologique.

Les échanges de gènes entre populations sauvages sont vitaux pour garder leur force et renforcer leur résilience face aux maladies et changements environnementaux. Les populations isolées, à la mobilité réduite, présentent une faible diversité génétique et sont plus sensibles aux maladies et aux changements dans leur environnement. Les populations sauvages isolées sont donc plus vulnérables et présentent un risque plus aigu d’extinction.

Directives non contraignantes

Photo Itzhak CohenEn 2000, un document intitulé « Corridors écologiques en espaces ouverts – outil de préservation de la nature » a mis en lumière ce concept, qui fut par la suite intégré généralement dans les plans et les discours publics. Une autre avancée significative pour la préservation des corridors écologiques s’est produite en 2016, quand le Plan directeur national pour la construction, le développement et la Conservation ("TAMA 35") fut adopté, marquant la première fois où les corridors écologiques furent reconnus statutairement au niveau national.

Durant les dernières années, le sujet a été abordé dans divers plans directeurs, projets et dans la gestion effective et l’administration des corridors. Cela a eu un impact sur les décisions de planification à divers niveaux. Malgré ces progrès importants, la protection des corridors écologiques souffre de deux déficiences majeures :

1. Les corridors étant tracés schématiquement, excluant la dimension de profondeur, le Plan Directeur National n’apporte pas une protection suffisante. Sans une cartographie détaillée, les corridors sont continuellement rognés et n’apparaissent que comme ébauche sur la carte, et non comme corridor écologique sur le terrain suite aux mesures prises.  Une description détaillée des corridors a été rajoutés au plan en 2015 par le département des réserves naturelles et parcs nationaux d’Israël (INPA), mais elle n’a pas valeur juridique.

2. Même dans les cas où les corridors sont définis comme des espaces ouverts, il n’y a pas de directives contraignantes pour leur gestion assurant qu’ils fonctionneront effectivement comme des corridors écologiques. Le résultat est qu’une zone apparaissant comme ouverte sur les plans, peut en fait être totalement intraversable par beaucoup d’espèces. De plus, ces zones peuvent présenter des risques, la foudre, le bruit, les déchets, l’agriculture,  gênant l’existence de la vie sauvage et mettant en cause le fonctionnement effectif du corridor.

Il est donc urgent de prendre des mesures afin que les corridors écologiques assurent la continuité et la non-fragmentation des espaces ouverts naturels.

Cartographie de 140 sections critiques

Le dernier rapport de la SPNI décrit en détail l’état actuel des corridors écologiques, en particulier les deux principaux facteurs actifs que sont la planification et l’état statutaire de leur protection d’une part, la gestion sur le terrain des corridors écologiques d’autre part.

La partie du rapport consacrée à la planification montre les cartes des zones critiques qui doivent être préservées afin de garantir la continuité des espaces ouverts, en particulier ceux qui sont vulnérables où subissent la pression de plans de développement.

Gazelles at Naftuach area.Photo Dov Greenblat

Les critères suivants ont été utilisés pour cartographier 140 secteurs où se trouvent des corridors écologiques :

1.  Corridors très étroits ou corridors affectés par la construction de routes, chemins de fer, quartiers résidentiels et zones industrielles. Un corridor est considéré comme étroit si sa largeur est de moins de 300 mètres (800 mètres si la zone est habitée par des populations de gazelles).

2. Sections de corridors qui seront réduites ou impactées par des plans de développement, en particulier si cela peut les empêcher de servir encore de corridors écologiques. Selon ce critère le rapport inclut des zones qui ne forment pas aujourd’hui de goulet mais qui le deviendront si les plans de développement sont mis en œuvre.

3. Sections qui forment aujourd’hui le seul passage dans un territoire ou écosystème donné, sans lesquelles il n’y aurait aucun lien entre zones ouvertes. Le rapport inclut aussi des sections qui forment goulet aujourd’hui disposant d’une ou deux alternatives mais sont menacées ou inopérantes.  

Zones désignées comme corridors comparées aux corridors réels

Le rapport décrit aussi les obstacles qui gênent le fonctionnement des corridors écologiques dans plusieurs régions d’Israël. Les observations montrent un écart entre la zone planifiée du corridor et la réalité.

Dans bien des cas, les corridors étudiés sont techniquement considérés comme des zones ouvertes mais subissent de nombreuses perturbations "transparentes" ou négligées par le système de planification, mettant en cause le fonctionnement du corridor. Dans certains cas, la taille effective de certains corridors est grammaticalement plus petite que la zone prévue.

Le rapport constate aussi que, malgré l’importance des corridors écologiques, aucune autorité n’a été mise en place pour en assurer la responsabilité. Ce manque de management a pour conséquence la perte continue de territoire et de fonctionnalité écologique. Il est indispensable de mettre en place un système de gestion de ces zones afin qu’elles puissent assurer leur rôle.

Photo Avner Rinot SPNIMaintenir et protéger les corridors écologiques requiert que l’on agisse à deux niveaux :

  1. Statutaire – Mettre en place une définition spatiale de ces zones et un manuel de directives pour les maintenir.

 

  1. Administratif – Nommer une autorité qui gèrera la zone en fonction des besoins, à la fois, de la protection de la nature et de l’agriculture. Elle assurera la supervision et les tâches de gardien de la loi.  

Ce rôle complexe requiert une autorité pouvant s’exercer au niveau national, des compétences et un système de management. Elle devra disposer d’une vraie compréhension du problème et avoir une familiarité avec la zone concernée. Nous pensons à la SPNI que l’unité nationale de Supervision des zones ouvertes (connue sous le nom de "Patrouille verte") devrait devenir l’autorité en charge de cette tâche, tout en gardant son rôle actuel, avec les  ajustements nécessaires. Un comité  incluant les Conseils régionaux, le Ministère de l’Agriculture, l’Autorité des réserves naturelles et des parcs nationaux d’Israël (INPA) et d’autres parties prenantes, établira une directive professionnelle qui définira la politique de management.