Des gazelles et des humains : les coulisses du Parc des gazelles

par Aya Tager

 
Je suis allée bien des fois au parc de la Vallée des gazelles à Jérusalem et à chaque fois, j’y découvre quelque chose de neuf. L’équipe qui entretient le parc développe de nouvelles attractions et activités récréatives et éducatives sur la nature, par exemple la plantation de graines de flore israélienne quasi éteinte, retrouvées dans des sites archéologiques, ou l’accueil d’enfants des maternelles dans un tepee pour un déjeuner tous ensemble.

Johanna at Gazelle Valley Park, Jerusalem. Photo Sivan Arbel

Une des dernières additions est une cachette arboricole construite près d’une des cinq mares du parc pour permettre aux visiteurs d’observer les oiseaux et d’autres animaux sans les gêner ni leur faire peur. Le parc s’est développé au delà de ce qu’espéraient ses créateurs. De nombreux visiteurs y viennent, de près et de loin, pour admirer cet exemple de durabilité de la nature au cœur d’une grande ville moderne.

Ce parc est maintenant l’habitat de plus de 35 gazelles et de beaucoup d’autres espèces endémiques sauvages, Le parc de la Vallée des gazelles a été établi en 2015 par la municipalité de Jérusalem et la SPNI, avec le soutien du Fonds de Jérusalem, suite à une longue campagne publique de la SPNI afin de sanctuariser cet habitat unique. Le parc est devenu un centre social fascinant, attirant volontaires, élèves des écoles et touristes, tous amoureux de la nature, de tous âges et de toute condition.  

Lors d’une récente visite, j’ai pu me rendre compte du travail que fait la SPNI dans les coulisses et j’ai eu le plaisir de rencontrer un membre de l’équipe, Tal Roganski, jeune adulte souffrant d’un handicap qui m’a guidée dans le parc en me racontant comment il en est venu à travailler là.

Tal a eu son premier contact avec le parc lors d’une visite organisée par son école pour enfants présentant des besoins particuliers, Shikum Noar. L’école travaille avec des fermes, des ateliers de menuiserie et des projets de protection de la nature comme le parc de la Vallée des gazelles, afin de confier à ces élèves des emplois accompagnés, par exemple de clôturage et d’entretien des allées ou des étangs, et de les rendre ainsi plus indépendants.

Tal and his colleagues working at the park, Photo Aya TagerTal rejoignit une équipe de ce programme et vint une fois par semaine pour aider à des tâches de maintenance. Il tomba amoureux du parc et fut très apprécié par l’équipe de la SPNI. La seule rebelle fut Johanna, une jeune gazelle femelle, illégalement capturée et élevée par des humains, amenée au parc pour sa réhabilitation.

La plupart des gazelles sauvages sont naturellement craintives des humains et se tiennent à distance. Johanna, de par ses contacts précédents avec eux, ne craignait pas les contacts et venait parfois cogner avec ses cornes Tal ou certains visiteurs sans aucune raison. Tal n’osait accepter des tâches où il était seul, loin des bureaux, par peur du comportement erratique de Johanna.  

Amir Balaban, directeur de la SPNI pour la nature urbaine et Yael Hamerman, directrice du parc de la Vallée des gazelles, décidèrent d’essayer une nouvelle approche :  un programme de développement mutuel. L’équipe forma Tal à effrayer Johanna en agitant un bâton ou en frappant dans ses mains afin d’être perçu comme une menace (sans l’être évidemment), éloignant Johanna comme les autres gazelles. Rapidement, cette approche s’avéra efficace, Johanna cessa ses attaques et Tal put reprendre son travail dans tout le parc.

Les progrès de Johanna ne se limitèrent pas à cela, son comportement envers ses faons changea également. Moins d’un an après son arrivée dans le parc, Johanna mis bas son premier faon et l’abandonna aussitôt. Il fut adopté et élevé par une autre femelle. Quand son deuxième faon naquit, l’équipe du parc vit les premiers changements de comportement de Johanna : elle l’allaita et le soigna, même si elle fut plus négligente que les autres femelles. Les liens de Johanna avec son troisième faon, né récemment, semblent plus forts. Ses progrès sont suivis avec un certain optimisme.

Observing wildlife from the wooden lookout, Photo Sivan ArbelA la fin de son programme de volontariat, Tal désirait continuer à travailler dans le parc. Il déposa une demande de participation au service civil, avec l’aide d’une thérapeute du comportement, Naomi Sapir, et de Shikum Noar, qui a la responsabilité de trouver des emplois pour ses élèves. Une ONG, "Bat-Ami", dont l’objet est de faciliter l’accès au service civil pour tous l’aida dans ses démarches et Tal fut accepté pour un programme de deux ans.[1]

Tal travaille maintenant au parc de la Vallée des gazelles à plein temps, cinq jours par semaine. Chaque fois que des élèves de Shikum Noar viennent visiter le parc, il est volontaire pour leur servir de guide.

« Travailler dans le parc est différent d’y venir comme volontaire. Cela m’a appris beaucoup de choses sur la vie en tant qu’adulte, en particulier sur comment développer des relations sociales, l’importance de prendre des responsabilités et de terminer un travail entamé, comment se comporter avec des amis. »  Dans ses réflexions sur son expérience dans le parc en tant qu’employé, Tal affirme qu’il n’oubliera jamais son premier jour en tant que membre de l’équipe du parc !  « Le parc de la Vallée des gazelles m’a permis de réaliser combien j’aimais travailler dans la nature et que je voudrais continuer à travailler dans ce type d’environnement pendant longtemps. C’est grandiose ! »

Relaxation spot at the park, Photo Aya TagerComme je remerciais Tal pour m’avoir guidée, je lui ai demandé s’il y avait quelqu’un en particulier à qui il aimerait montrer le parc. Il me répondit qu’il attend sa copine de l’école pour partager cette perle naturelle avec elle.

C’est grâce au soutien de généreux donateurs et d’organisations ici et d’un peu partout dans le monde que le parc de la Vallée des gazelles continue à se développer, innover et à permettre à des gens comme Tal de tomber amoureux de la nature et d’apprendre à se connaitre eux-mêmes.

 
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 [1] Le programme des études en Israël comporte obligatoirement dans les deux dernières années du secondaire, la participation comme volontaire une fois par semaine dans un programme social. A la fin du secondaire, les jeunes partent tous au service militaire, mais ont la possibilité de s’engager à plein temps pour une ou deux années de service civil avant de rejoindre l’armée, auprès d’organismes à buts non lucratifs dans les domaines sociaux et environnementaux.